Parti et Syndicalisme Révolutionnaire, les raisons de la différence

Publié le par CNT Supérieur Recherche 87

Suite à bien des confusions entre partis et syndicats.

En tant qu'organisation révolutionnaire, notre rôle est de défendre la stratégie révolutionnaire face aux courants qui défendent une stratégie réformiste.

Il est nécéssaire de rappeler que le "réformisme" constitue une des deux-ailes du mouvement socialiste et est historiquement sur une base plus ou moins "anticapitaliste".
 Le réformisme base la construction du Socialisme sur la multiplication de réformes devant renforcer progressivement, par étapes dans les institutions et dans les luttes, le pouvoir de la classe et réduire celui de la bourgeoisie "jusqu'à la phase finale de disparition de la société de classe."
En cela, il se distingue du mouvement révolutionnaire qui pense quant à lui, que le Socialisme ne pourra être atteint réellement que par la destruction de l'appareil d'Etat et l'instauration d'une véritable société "à chacun selon ses besoins de chacun selon ses capacités" sur une base autogestionnaire et de démocratie directe.
Ce désaccord entre réformistes et révolutionnaires avait été réaffirmé dans les années 1917-1920 puis en France lors de la constitution de l'Union de gauche.


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Mais depuis une vingtaine d'années, le reflux du mouvement ouvrier a provoqué une profonde décomposition stratégique du mouvement révolutionnaire. Beaucoup d'organisations se sont repliées sur une dynamique réformiste, la constitution du NPA semble confirmer ce basculement massif de l'extrème gauche dans le camp réformiste. Restons sur l'exemple le plus récent, le NPA est le produit de la jonction de deux composantes.
La première provient de la LCR et de mouvances issues du léninisme. Ceux-ci n'ont pas encore pris le temps de tirer un bilan politique de l'échec de la Révolution russe. Le mythe de "l'Etat Ouvrier dégénéré" sert encore de matrice politique.
L'ouverture des archives de Moscou ne laisse pourtant plus beaucoup de place à ce mythe mais la formation léniniste reste prégnante. Le parti demeurre pour eux l'outil indispensable devant guider le peuple et la classe ouvrière. Cette croyance ne reposant sur aucune avancée notable pour la classe a pourtant fini par devenir un véritbale cathéchisme pour ceux qui s'en réclame, difficile à remettre en cause. La composition sociale de cette gauche léniniste l'amène à fantasmer sur un parti de "cadres révolutionnaires".
L'autre composante est l'arrivée en nombre d'une génération moins agée (la première étant surtout issue de la dynamique de 68) marquée par une culture altermondialiste, voir plus ou moins "libertaire". C'est l'agitation médiatique qui a servi de support de formation à cette génération militante. L'investissement dans des syndicats corporatistes, des associations sectorielles et des collectifs d'agitation a provoqué à la fois la lassitude et par conséquent un vide stratégique, reflètant bien l'incohérence de ces "révolutionnaires".
Sans repères politiques, la tentation est alors grande d'adhérer au modèle politique dominant: le parti institutionnel qui fédère les luttes vers la conquête électorale des institutions. C'est vieux comme le monde, ça n'a jamais marché mais on s'obstine dans une référence politique imposée par le système institutionnel capitaliste et bourgeois. Nous sommes bien dans un cadre réformiste et social-démocrate qui préconise l'amènagement du système.
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Et le pouvoir de la classe dans tout ça ?
Si on veut réellement tirer un bilan des révolutions passées il faut bien se poser la question de l'organe de pouvoir prolétarien. Il nous apparaît tout à fait normal, et même logique que la gestion future d'une société de type communisme libre revienne aux syndicats, en sachant qu'en période pré-révolutionnaire, les travailleurs rejoignent de plus en plus leurs structures syndicales.
Le syndicat, quand il est utilisé à bon escient et dans une optique de classe, est l'organisation de térrain, c'est la plus à même de gérer la société future. En ce qui concerne la question syndicale, l'extrème gauche est en complet recul. Même les bolchéviques les plus zélés du parti d'avant-garde, avaient du, dès 1917, revoir leur programme syndical afin d'y intégrer la question du contrôle et de la gestion directe des travailleurs (qui au final n'a pas été respecté).
Le NPA, comme les autres Partis "révolutionnaires" ne peuvent malheureusement pas élaborer une stratégie syndicale alternative. Il ne le peuvent pas pour des raisons purement matérialistes. Car la politique ne peut être que le produit des réalités matérielles.
Le parti se présente comme guide pour le mouvement syndical mais le discours simpliste ne peut être suivi d'une implication sur le térrain. Alors, au final, on reprend des appels incantatoires à la grève générale... sans trop y croire.
La cohérence politique serait pour ces militants d'organisations philosophiques, tout en respectant la charte d'Amiens, de s'impliquer sur le térrain syndical en empruntant la voie révolutionnaire et de classe.

L’apparition des syndicalistes révolutionnaires a été une réponse à l’impasse social-démocrate.
Alors que les sociaux-démocrates pensent que c’est au parti de prendre le pouvoir et de gérer la société, les syndicalistes révolutionnaires estiment que le communisme ne peut exister que si c’est la classe ouvrière qui prend le "pouvoir" sous forme autogestionnaire et qui gère la production des services et des objets nécessaires à la réponse aux besoins de la population. Or l’organisation des travailleurs c’est le syndicat de classe. Ce ne peut pas être le parti.
Car la classe ouvrière, le prolétariat, n’existe pas dans un programme construit par un groupe restreint de travailleurs et d’intellectuels.
L’existence du prolétariat c’est, en dehors de son existence définie par les rapports sociaux de production capitalistes, ses pratiques de lutte de classes qui se matérialisent dans des organisations ou structures de classes (syndicats et fédérations d’industrie, unions locales ou structures interprofessionnelles, confédération, organisations ou œuvres syndicales de sociabilité prolétarienne).
Le caractère de classe est d’abord et avant tout cette existence matérielle qui agit : ces structures et organisations. Sinon, si on pense que c’est le parti qui fait exister l’organisation de la classe, parti dont la définition la plus claire et la plus nette vient de la tradition léniniste « le parti c’est son programme », alors on ne se place plus sur le terrain du matérialisme mais sur celui de l’idéalisme.
Lors de la rédaction de la Charte d’Amiens, les syndicalistes révolutionnaires ne rejettent pas l’existence des partis et autres groupes « philosophiques » qui peuvent assurer des activités de propagande "anti-capitalistes".
Toutes les révolutions ont échoué car le parti s’est substitué à la classe pour s’imposer rapidement comme une nouvelle classe dominante et exploiteuse. Si le parti a pu se substituer au syndicat c’est aussi que ce dernier ne disposait pas d’une organisation et d’une stratégie cohérentes.
Néanmoins, l'éxpérience historique de notre mouvement, les érreurs, stratégiques ou non qui ont été comises, permttent aujourd'hui d'affirmer que l'anarcho-syndicalisme et le syndicalisme révolutionnaire sont une alternative crédible et légitime face à notre société actuelle.

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