La Confédération Syndicale: pilier du socialisme

Publié le par CNT Supérieur Recherche 87

Réflexion sur le syndicalisme, la lutte de classe et la Révolution

 

La Lutte de Classe

 

La lutte de classe est la théorie et la pratique développées par le marxisme. Elle met en valeur un antagonisme entre deux classes sociales dans une période historique donnée, principalement à la période industrielle, capitaliste, qui se poursuit toujours dans notre société contemporaine.

La lutte de classe embrase tous les domaines de la vie sociale, économique, politique, culturelle et idéologique... bref, toute la société humaine.

Elle constitue le moteur de l'évolution sociale et donc de l'histoire.

 

Outre le fait qu'il y ait des couches intermédiaires dans les classes sociales, comme la petite-bourgeoisie : commerçant-e-s, artisan-ne-s, professions libérales... (qui possèdent leurs propres moyens de subsistance), il y a deux classes antagoniques fondamentales et réellement indépendantes :

 

  • Classe capitaliste (ou bourgeoise), classe dominante qui détient le capital et possède les moyens de faire travailler autrui à son profit en pesant sur le cours d'achat de la force de travail.

  • Classe prolétaire (ou ouvrière), classe dominée regroupant les personnes qui n'ont pas le capital et sont contraintes de vendre leur force de travail, assurer les services pour subsister : le salariat.

  La petite bourgeoisie, se ralliant politiquement (et dans les épisodes révolutionnaires) soit au prolétariat soit à la bourgeoisie, n'a pas de rôle majeur dans la lutte de classe.

 

Selon le marxisme, la lutte de classe s'arrêtera lorsqu'une révolution prolétarienne mondiale conduira au socialisme, à une société sans classes, égale, solidaire, libre et communiste. Selon cette perspective, l'organisation de lutte de classe doit encourager la cohésion du prolétariat afin que les richesses produites soient utilisées de manière optimales pour améliorer le sort de l'humanité, la réponse aux besoins et des services. La production pourra alors répondre à la demande et le pouvoir politique sera l'expression véritable d'une démocratie, de type directe. C'est nous qui travaillons alors c'est nous qui décidons !

 

Mais alors, cette organisation révolutionnaire de la lutte de classe qu'est-elle ?

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Notre position syndicaliste de la lutte de classe 



Dans la lutte de classe et la perspective d'établir le Socialisme, deux organisations historiques sont liées au prolétariat et à sa lutte d'émancipation : Le Parti et le Syndicat.

Les partis politiques revendiqués « révolutionnaires » (à gauche) vivent toujours de l'illusion que de l'affranchissement politique (prise du pouvoir politique, établissement du socialisme étatique) découlera l'affranchissement économique (instauration du système communiste, « de chacun selon ses capacités à chacun selon ses besoins).

 

Or, nous considérons que seule l'organisation syndicale confédérée peut appliquer la lutte de classe et donc amener le prolétariat à son émancipation. Nous considérons que c'est par l'affranchissement économique (prise du contrôle de la production par le prolétariat sur la base communiste) que pourra découler l'affranchissement politique.

 

Tout d'abord parce que le syndicat est l'unique centre, qui par sa constitution, réponde aux aspirations des travailleurs-euses. Il est la seule association d'êtres humains résultant de l'identité absolue des intérêts puisqu'il a sa raison d'être dans la forme de production, sur le champ économique, là où se pratique la lutte de classe. En d'autres termes, le syndicat est l'organisation de classe, il est l'organisation des travailleurs-euses, tout simplement parce que sa base d'adhésion est la classe, seul-e-s les travailleurs-euses peuvent y adhérer.

 

La lutte de classe implique une rupture totale entre le prolétariat et la bourgeoisie, car les intérêts sont opposés.

Le prolétariat, pour conforter cette rupture et donc son indépendance révolutionnaire, doit acquérir une « conscience de classe », prendre conscience de ce qu'il est, et s'organiser en conséquence.

Il se dote d'une culture à partir de pratiques de vie sociale, dans les entreprises mais aussi dans ses quartiers, l'un ne va pas sans l'autre. C'est par le syndicat que la classe ouvrière est parvenue à s'isoler dans ses cadres naturels et à se créer de toutes pièces des institutions et une idéologie propre : le Syndicalisme Révolutionnaire. C'est d'ailleurs à cette condition seulement (l'autonomie ouvrière) que le Socialisme de lutte de classe conçoit comme réalisable le passage d'une société asservie à une société libre et émancipée. « L'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes ».

 

Notre vision syndicaliste de la lutte de classe consiste à détruire la dualité actuelle de la démocratie bourgeoise qui vise à ce que les partis politiques s'occupent de politique et les syndicats de l'économique.

Puisque le syndicat est l'organisation de la classe, son émanation directe, nous entendons agir dans tous les domaines de la société. Comment peut-on soutenir que ce qui se passe à l'usine, au travail, est du ressort du syndicat et ce qui se passe dans le quartier et la cité (logement, loisirs,...) serait du ressort du parti, alors que dans le même temps on affirme, fort justement, que tout ce qui existe est le produit de l'activité productive des hommes et des femmes ?

Nous pensons clairement que le Syndicalisme Révolutionnaire et l'organisation syndicale sont la capacité politique propre du prolétariat à faire valoir son autonomie et sa stratégie révolutionnaire.

Puisque personne ne travaille à ta place, que personne ne décide à ta place !

 

Notre vision syndicaliste se différencie donc de la vision du Parti et du socialisme parlementaire.

Dans les périodes révolutionnaires précédentes, le parti s'est toujours substitué à la classe, ce qui provoqua évidement la chute de l'édification du Socialisme et d'une société juste.

Le socialisme parlementaire (tant sous ses aspects « révolutionnaires » que réformistes) a vécu, et vit toujours, de cette illusion que les partis sont l'expression politique des classes et que ces dernières trouvent dans le Parlement et les institutions bourgeoises (conseils municipaux, régionaux, généraux) le mécanisme qui diffuse leurs forces respectives.

L'expérience a montré, et montre toujours, que contrairement au syndicat, dont la base d'adhésion est la classe, les partis « communistes », « socialistes », « anarchistes », « anticapitalistes », « ouvriers » etc... sont loin d'être le décalque du prolétariat et sont plutôt un mélange hétéroclite d'éléments empruntés à toutes les classes sociales. En effet le socialisme parlementaire et les partis n'opèrent pas de scission réelle entre le prolétariat et la bourgeoisie. Au contraire, il sont devenu un des facteurs constitutifs de l'État, des agents garants de la paix sociale et de la démocratie bourgeoise.

Le prolétariat n'existe pas dans un programme construit par un groupe restreint de travailleurs-euses et d'intellectuel-le-s. L'existence du prolétariat, c'est, en dehors de son existence définie par les rapports sociaux de la production capitaliste, ses pratiques de lutte de classe qui se matérialisent dans les syndicats, les fédérations d'industries, les unions locales et structures interprofessionnelles, les confédérations, organisations ou œuvres syndicales de sociabilité prolétarienne.

 

Autrement dit, si la lutte de classe est tout le Socialisme, on peut dire que tout le Socialisme est contenu dans le Syndicalisme, puisque hors du Syndicalisme, il n'y a pas de lutte de classe.

 

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Syndicalisme Révolutionnaire et Organisation Syndicale



Le Syndicalisme Révolutionnaire est apparu pour défendre l'autonomie du prolétariat et sa capacité d'auto-organisation et d'auto-détermination à élaborer sa stratégie révolutionnaire (lutte de classe, grève générale expropriatrice) par rapport aux écoles et sectes philosophiques (les partis politiques).

 

Le Syndicalisme Révolutionnaire est la pensée d'une organisation révolutionnaire complète car il articule, via l'organisation syndicale et le syndicalisme, une double tâche : l'une est de poursuivre la lutte quotidienne pour l'amélioration économique, sociale et intellectuelle de la classe ouvrière dans les cadres de la société actuelle ; et l'autre, d'élever, de former les masses laborieuses à la gestion indépendante de la production et de la distribution, ainsi qu'à la prise de possession de toutes les ramifications de la vie sociale pour l'édification du Socialisme et d'un système communiste, libre.

Pour l'édification de cette société, les militants révolutionnaires français rassemblés dans le syndicalisme révolutionnaire du tout début du XX° siècle ont donc favorisé l'organisation syndicale confédérée : la Confédération Générale du Travail.



Il est d'ailleurs à noter que tout fut pensé, en terme de structures et d'organisation, pour que la confédération puisse se substituer à toutes les institutions bourgeoises de notre société.

En d'autres termes, tout était pensé et prêt pour s'emparer du pouvoir à tous les échelons grâce à une organisation complète fondée sur les syndicats, les Unions locales et départementales, les Bourses du Travail, les Unions Régionales, les fédérations d'industries et interprofessionnelles, jusqu'à l'organisme confédéral.

Tous les échelons de l'autorité de notre système peuvent être remplacés par l'organisation populaire confédérée, autogérée par la base et l'assemblée générale souveraine via le syndicalisme.

 

En effet, le syndicat est la cellule de base de la confédération, il est le regroupement corporatif d'un même métier. La volonté initiale du syndicat est de résister aux exigences patronales.

Le syndicat ne se limite pas à ses membres et à leurs revendications et luttes, il combat pour toute la corporation de métier, il manifeste donc directement les inspirations communistes qu'il porte en son sein et qui sont la base de la confédération syndicale révolutionnaire.

La besogne du syndicat est la lutte de classe, la résistance et l'éducation. Outre cette besogne quotidienne, il se soucie de l'œuvre éducatrice qui consiste à préparer la mentalité des travailleurs-euses à une transformation sociale profonde.

 

L'affiliation des syndicats locaux à la Confédération s'effectue par la voie d'une double série d'organismes fédératifs qui groupent, d'un côté, les syndicats de professions diverses agglomérées dans une même ville ou région (Bourses du Travail, Unions Locales), et de l'autre, les syndicats d'une même profession répandus sur la surface du territoire (Fédérations d'Industrie).



La Bourse du Travail, ou l'union des syndicats, n'assuraient pas qu'une lutte au quotidien, elles étaient en capacité de se substituer aux institutions bourgeoises locales comme la municipalité, le conseil général ou départemental, mais aussi et surtout de réorganiser la production, la circulation et la répartition des services locaux et des produits matériels.

Dans le processus révolutionnaire, les Bourses du Travail socialisent l’économie locale et assurent les liens à une échelle nationale avec la Confédération. La Bourse du Travail (et toute structure interprofessionnelle à toute autre échelle) et la Confédération sont les seules structures capables d’assurer une socialisation réelle.



Le syndicalisme d'industrie, lui, en regroupant les travailleurs-euses de tous les statuts et de toutes les entreprises, doit élaborer une vision globale de la branche professionnelle pour se mettre en capacité de se substituer au patronat au moment du processus révolutionnaire et réorganiser la production sur une base anti-capitaliste permettant de construire le communisme. L’absence de fédérations d’industrie dans le syndicalisme russe en 1917 et dans le syndicalisme espagnol en 1936, est la principale raison de l’échec de ces révolutions. Les travailleurs-euses, dépourvus d’outils de gestion ouvrière et de réappropriation, ont très vite perdu du terrain et très vite perdu la main face aux partis.

La question du syndicalisme international est aussi liée à celle du syndicalisme d’industrie, c'est par lui que la coordination par branche peut se réaliser via la Confédération.

 

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La concentration syndicale s'effectue, au troisième point, avec la Confédération du Travail.

C'est là que viennent aboutir tous les organismes fédératifs de la classe ouvrière, c'est là que s'unifie, s'intensifie et se généralise l'action économique du prolétariat. Néanmoins la Confédération n'est pas un organisme de direction mais bien de coordination et d'amplification de l'action révolutionnaire de la classe. Au contraire des organisations centralistes et du système actuel, la confédération est fédéraliste c'est à dire qu'elle pratique la cohésion, l'autogestion, la démocratie directe et la souveraineté populaire, ce qui se traduit par l'assemblée du syndicat. L'impulsion ne vient pas d'en haut, elle part d'un point quelconque (l'individu, le syndicat, la fédération...) et ses vibrations se transmettent, en s'amplifiant, à la masse confédérale.

 

Ainsi nous le voyons, le Syndicalisme Révolutionnaire permet avec l'organisation syndicale une perspective révolutionnaire concrète et complète.

 

Il est la rupture totale, l'essence de la lutte de classe et donc de la Révolution Sociale. Aucunes des valeurs traditionnelles ne peut survivre à ce travail de destruction progressive qu'opère le syndicalisme via sa double articulation (lutte quotidienne et préparation à la révolution et à la gestion). Nous sommes vraiment en face d'une classe qui entend être l'unique artisane de sa destinée et n'avoir d'autre protecteur-trice qu'elle-même. Où trouver force révolutionnaire plus active ?

 

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